Flacon d'huile de CBD avec loupe et résultats de laboratoire

Un produit "full spectrum, 0% THC" existe-t-il vraiment, ou c'est de l'abus marketing ?

Un client est venu me montrer l'étiquette d'un flacon acheté ailleurs, un peu perdu. "Full spectrum" écrit en gros d'un côté, "0% THC" écrit tout aussi gros de l'autre. Il avait lu l'article qu'on avait publié ici sur la différence entre full spectrum, broad spectrum et isolat, et ça ne collait pas avec ce qu'il tenait dans les mains. Il avait raison de se poser la question.

Un petit rappel sur les trois catégories

Le full spectrum, c'est l'extrait tel qu'il sort de la plante, avec tous les cannabinoïdes et terpènes qu'elle contient, y compris des traces de THC. En Suisse, ces traces doivent rester sous la barre légale de 1%, mais elles existent. C'est justement ce qui fait la particularité du full spectrum : rien n'a été retiré.

Le broad spectrum part du même principe, sauf qu'une étape supplémentaire vient retirer le THC jusqu'à un seuil non détectable, tout en gardant les autres cannabinoïdes et terpènes. L'isolat, lui, va au bout de la logique : on ne garde que le CBD pur, cristallisé, sans rien d'autre autour.

Là où ça coince

Un produit véritablement full spectrum contient du THC, même en quantité infime. C'est presque une tautologie : si on a retiré le THC, on n'est plus dans un extrait complet de la plante, donc on n'est plus vraiment dans le "full" du spectre. Un flacon qui affiche 0.0% THC tout en se revendiquant full spectrum décrit en réalité un broad spectrum, ou dans certains cas un isolat auquel on a rajouté d'autres cannabinoïdes isolés pour reconstituer artificiellement un profil large.

Ce n'est pas forcément malhonnête au sens strict. Parfois c'est de l'approximation marketing, parce que "full spectrum" sonne plus naturel et plus complet aux oreilles des clients que "broad spectrum", un terme que beaucoup de gens ne connaissent pas encore. Mais dans les faits, les deux mentions ensemble sur la même étiquette ne devraient normalement pas coexister.

Pourquoi les marques font ça quand même

Le "full spectrum" rassure sur la qualité et la complétude du produit, l'idée qu'on profite de toute la richesse de la plante et de l'effet d'entourage. Le "0% THC" rassure sur la légalité et l'absence de risque, notamment pour les tests salivaires en voiture ou un dépistage au travail. Combiner les deux mentions, c'est vouloir cocher les deux arguments de vente à la fois, même si sur le plan de la composition réelle ça ne tient pas.

Ce qu'il faut regarder à la place de l'étiquette

La mention sur l'emballage n'engage que celui qui l'a imprimée. Ce qui compte, c'est le certificat d'analyse, le fameux COA, réalisé par un laboratoire indépendant. Il indique noir sur blanc le taux de THC réellement mesuré dans ce lot précis, pas une estimation générale du produit. Un bon vendeur doit pouvoir vous le fournir sans détour, avec la date du lot correspondant à ce que vous achetez.

Si le COA affiche une valeur de THC réellement mesurable, même à 0.3% ou 0.6%, on est dans du full spectrum légal en Suisse tant qu'on reste sous 1%. Si le COA affiche du non détectable, on est dans du broad spectrum, quel que soit le mot choisi sur l'étiquette.

"Je ne me fie plus qu'au COA maintenant. La première fois que j'ai demandé le certificat à un vendeur et qu'il n'a pas su me le donner tout de suite, j'ai compris que l'étiquette ne voulait pas dire grand-chose." — un client du magasin, habitué depuis deux ans

Mon conseil, sans détour

Ne vous fiez jamais aux mots imprimés sur un flacon pour juger de sa composition. Demandez le COA du lot, vérifiez la ligne THC, et si un vendeur ne peut pas vous le montrer immédiatement, changez de vendeur. Un full spectrum et un broad spectrum sont tous les deux de bons produits à leur façon, mais ils ne sont pas la même chose, et un magasin sérieux doit être capable de vous dire lequel il vous vend réellement.

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