Il y a un peu plus de deux ans, j'ai signé le bail d'un petit local à Yverdon sans vraiment savoir si j'étais en train de faire la meilleure décision de ma vie ou la plus irréfléchie. Je n'avais jamais tenu de commerce indépendant. Je venais de la grande distribution, avec un CFC de fromager en poche et quinze ans de rayons derrière moi. Voici comment j'en suis arrivé là, et ce que je ferais autrement si c'était à refaire.
Du fromage aux rayons, puis l'envie d'autre chose
Mon parcours n'a rien d'évident pour quelqu'un qui tient aujourd'hui une boutique de CBD. J'ai fait mon apprentissage de fromager, CFC en poche, avant de bifurquer vers la vente. Vendeur, puis responsable de rayon, puis gérant, dans la grande distribution suisse. Ça a été une bonne école : gérer un stock, comprendre une clientèle, tenir une équipe. Mais au bout de plusieurs années, l'envie de travailler pour moi-même, de porter mes propres décisions plutôt que d'appliquer celles d'un siège social, est devenue plus forte que la sécurité du salaire fixe.
Le CBD, une passion avant d'être un commerce
Le choix du CBD n'était pas un calcul marketing. Je suis amoureux et connaisseur de ce produit depuis de nombreuses années, bien avant de penser à en faire mon métier. J'aime la diversité des variétés de fleurs, la façon dont chaque client trouve sa propre relation au produit, souvent très différente de celle du client d'avant. Ouvrir une boutique autour de quelque chose que j'appréciais déjà sincèrement, plutôt qu'autour d'un produit choisi uniquement pour sa rentabilité, ça a changé ma façon de travailler.
Yverdon, une évidence
Je viens de Novalles, un petit village pas très loin d'ici. Yverdon, c'est ma ville de cœur, celle où j'ai grandi dans les environs, celle que je connais par cœur. Je n'ai jamais sérieusement envisagé d'ouvrir ailleurs. Il y avait quelque chose d'important pour moi à monter ce projet dans une région où je me sentais chez moi, plutôt que dans une grande ville où je n'aurais été qu'un commerce parmi d'autres.
On se pose toujours des questions après coup : était-ce le bon moment ? La bonne voie ? Je n'ai pas de réponse définitive, même deux ans plus tard. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais regretté d'avoir essayé.
Ce que je referais différemment
Si je devais recommencer, je pense que je resterais sur une gamme de produits plus restreinte au départ, plutôt que de toucher à peu près à tout dès l'ouverture : fleurs, résines, huiles, vapes, infusions, headshop. Sur le moment, cette diversité me semblait être une force, une façon de répondre à chaque demande. Avec le recul, c'est difficile de savoir exactement ce qui aurait été le mieux. Une gamme plus restreinte aurait peut-être permis de mieux maîtriser chaque catégorie, de mieux conseiller, de mieux gérer les stocks. Mais elle aurait aussi laissé des clients sans réponse. On veut tout donner pour le client, et parfois ça marche très bien, et parfois un produit qu'on a intégré trop vite ne trouve jamais vraiment sa place. Ce n'est pas un échec, c'est juste le prix de l'apprentissage quand on démarre sans modèle tout fait à suivre.
Travailler avec le cœur, entouré
Ce qui n'a jamais changé depuis le premier jour, c'est la façon dont j'aborde ce métier. Je travaille surtout avec le cœur, pas uniquement avec des tableurs et des marges. Ça veut dire prendre le temps d'expliquer, se tromper parfois, recommencer, et ne jamais considérer un client comme une simple transaction. Et je ne pourrais pas le faire seul : j'ai une équipe incroyable autour de moi, des gens qui portent ce projet avec la même sincérité que moi, jour après jour. Deux ans plus tard, avec les doutes et les erreurs qui vont avec, c'est toujours cette équipe et cette ville qui me donnent envie de continuer.




